Management Coach Management Coach
Gestion des temps

Gagner du temps quand on est entrepreneur : les clés

RT
Rémi Trouville
·
Gagner du temps entrepreneur

La plupart des entrepreneurs ne manquent pas de motivation. Ils manquent de clarté. Ils travaillent beaucoup, souvent trop, avec l’impression persistante de courir après le temps. Plus les responsabilités augmentent, plus les journées se remplissent, et moins il reste d’espace pour penser.

Si vous lisez ces lignes, c’est probablement que vous vous reconnaissez. Vous enchaînez les semaines à 50, 55, 60 heures, et pourtant vous avez ce sentiment tenace que les choses essentielles n’avancent pas. Que vous êtes en réaction permanente. Que votre agenda vous dirige, au lieu de l’inverse.

J’accompagne des dirigeants sur ces problématiques depuis des années, et je peux vous dire une chose : ce n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de structure. Et ça se résout, à condition d’accepter de regarder la situation différemment.

Le piège du “toujours plus”

Le piège classique consiste à croire que plus d’heures passées à travailler produiront mécaniquement plus de résultats. Or, au-delà d’un certain seuil, c’est l’inverse qui se produit. La fatigue s’accumule, la qualité des décisions baisse, la créativité disparaît. On fait plus, mais on fait moins bien. Et surtout, on ne fait plus les bonnes choses.

J’ai accompagné un dirigeant d’une PME industrielle qui était fier de ses semaines à 65 heures. “Je suis le premier arrivé et le dernier parti”, me disait-il. Le problème, c’est que ses équipes ne prenaient plus aucune initiative. Pourquoi se responsabiliser quand le patron est là pour tout contrôler ? En trois mois de travail ensemble, il est passé à 45 heures par semaine. Son chiffre d’affaires n’a pas baissé. Il a augmenté de 12%. Parce que ses collaborateurs ont enfin eu l’espace pour faire leur travail.

Le “toujours plus” est un leurre. C’est rassurant sur le moment, parce qu’on a l’impression de tout maîtriser. Mais c’est une stratégie perdante à moyen terme. Votre valeur en tant que dirigeant ne se mesure pas au nombre d’heures que vous passez au bureau. Elle se mesure à la qualité des décisions que vous prenez, et à votre capacité à donner une direction claire à votre entreprise.

Si vous sentez que vous êtes dans cette spirale, la première question à vous poser n’est pas “comment faire plus ?” mais “qu’est-ce que je devrais arrêter de faire ?”

La surcharge décisionnelle

Le dirigeant est soumis à une surcharge décisionnelle permanente. Chaque journée est rythmée par des choix à faire, petits ou grands, souvent sous pression. À cela s’ajoutent les sollicitations constantes : emails, messages, réunions, demandes internes. Sans critères clairs pour décider quoi accepter ou refuser, tout devient urgent. Et quand tout est urgent, plus rien n’est vraiment important.

On parle parfois de “fatigue décisionnelle”. C’est un phénomène bien documenté : plus vous prenez de décisions dans une journée, plus la qualité de vos décisions se dégrade au fil des heures. Les études montrent que les juges, par exemple, accordent davantage de libérations conditionnelles le matin qu’en fin de journée. Non pas par sévérité, mais par épuisement cognitif. Ils choisissent l’option par défaut, celle qui demande le moins de réflexion.

En tant qu’entrepreneur, c’est exactement le même mécanisme. En fin de journée, après des dizaines de micro-décisions, vous allez naturellement choisir la réponse la plus facile, pas la meilleure. Vous allez dire oui à une réunion inutile parce que dire non demande de l’énergie. Vous allez répondre à un email non prioritaire parce que ça procure une petite satisfaction immédiate, même si ça ne fait pas avancer l’entreprise.

Il y a aussi une confusion fréquente entre urgence business et urgence émotionnelle. Répondre vite à un client mécontent, c’est parfois nécessaire. Mais répondre vite pour se rassurer soi-même, pour éviter l’inconfort de laisser un message sans réponse, c’est différent. Beaucoup de dirigeants que j’accompagne confondent les deux. Ils passent leurs journées à éteindre des feux, dont la moitié n’en sont pas vraiment.

La solution commence par un tri impitoyable. Avant de prioriser vos tâches, il faut d’abord éliminer celles qui ne devraient même pas figurer sur votre liste. Posez-vous cette question pour chaque sollicitation : “Est-ce que cette décision nécessite vraiment mon intervention, ou est-ce que quelqu’un d’autre peut la prendre ?” Vous serez surpris de la réponse.

Déléguer pour libérer

Beaucoup de dirigeants conservent des tâches à faible valeur ajoutée. Par contrôle, par habitude, ou par difficulté à déléguer. Déléguer suppose d’accepter une perte de maîtrise immédiate pour un gain de temps futur. Ce renoncement est souvent plus émotionnel que rationnel.

Soyons honnêtes. Quand un dirigeant me dit “je ne peux pas déléguer ça, personne ne le fera aussi bien que moi”, dans 9 cas sur 10, ce qu’il me dit vraiment c’est : “j’ai peur de perdre le contrôle.” Et c’est humain. Vous avez construit votre entreprise, vous avez mis votre énergie, votre argent, parfois votre santé dedans. Lâcher prise sur certaines tâches, même opérationnelles, c’est un acte de confiance qui demande du courage.

J’ai accompagné un dirigeant qui passait 3 heures par jour sur ses emails. Trois heures. Quand je lui ai demandé pourquoi il ne déléguait pas le tri à son assistante, il m’a répondu : “Et si elle rate un message important ?” On a fait le calcul ensemble. Sur les 80 emails qu’il recevait par jour, 12 nécessitaient véritablement sa réponse directe. Les 68 autres pouvaient être traités, redirigés ou archivés par quelqu’un d’autre. En mettant en place un système de tri avec son assistante, il a récupéré 2 heures par jour. Dix heures par semaine. Quarante heures par mois. L’équivalent d’une semaine de travail entière, chaque mois, qu’il a pu consacrer au développement stratégique de son entreprise.

Les 4 niveaux de délégation

Déléguer, ce n’est pas tout ou rien. Il existe des niveaux intermédiaires, et c’est souvent en les découvrant que les dirigeants acceptent enfin de lâcher prise. Voici comment je les présente à mes clients :

  1. Informer — Vous faites le travail et vous informez la personne de ce que vous avez décidé. C’est le niveau zéro de la délégation, mais c’est déjà un début : vous commencez à partager l’information.

  2. Consulter — Vous demandez l’avis de la personne avant de décider. Vous gardez la main sur la décision finale, mais vous ouvrez la porte à une autre perspective. C’est souvent le niveau le plus confortable pour les dirigeants qui débutent dans la délégation.

  3. Impliquer — Vous confiez la réalisation de la tâche à la personne, avec un cadre clair. Elle fait le travail, vous validez avant que ça parte. C’est le niveau où la vraie valeur se crée : vous gagnez du temps sur l’exécution tout en gardant un droit de regard.

  4. Autonomiser — Vous confiez la tâche et la décision. La personne agit, vous fait un compte-rendu, mais n’a pas besoin de votre validation préalable. C’est le niveau cible pour toutes les tâches récurrentes et opérationnelles.

L’erreur que font beaucoup de dirigeants, c’est de vouloir passer directement du niveau 0 (je fais tout moi-même) au niveau 4 (débrouillez-vous). Ça échoue presque toujours, ce qui renforce la croyance que “personne ne peut le faire aussi bien que moi.” La délégation est un processus progressif. Commencez par le niveau 2, puis passez au 3, puis au 4. Ça prend quelques semaines, pas quelques mois.

Un exercice concret

Prenez une feuille de papier maintenant. Listez 5 tâches que vous faites régulièrement et que quelqu’un d’autre pourrait faire à 80% aussi bien que vous. Pas à 100%. À 80%. C’est le seuil clé. Si quelqu’un peut faire 80% de ce que vous faites sur cette tâche, le temps que vous récupérez vaut infiniment plus que les 20% de qualité que vous “perdez.”

Voici quelques exemples que mes clients citent souvent :

  • Le tri et la première réponse aux emails
  • La préparation des réunions (ordre du jour, documents)
  • Le suivi des indicateurs opérationnels hebdomadaires
  • La rédaction de comptes-rendus
  • La gestion de l’agenda et la planification des rendez-vous

Si vous ne savez pas par où commencer pour mieux vous organiser, commencez par là. C’est souvent le levier le plus puissant et le plus rapide.

Simplifier avant d’optimiser

Gagner du temps commence rarement par des outils. Cela commence par une simplification volontaire. Avant d’optimiser, il faut enlever.

Je vois régulièrement des dirigeants qui investissent dans des logiciels de gestion du temps, des applications de productivité, des méthodes sophistiquées. Et qui finissent par passer plus de temps à gérer leurs outils qu’à faire leur travail. C’est le paradoxe de l’optimisation prématurée : vous automatisez un processus qui n’aurait jamais dû exister.

Avant de vous demander “comment faire cette tâche plus vite ?”, demandez-vous “cette tâche doit-elle exister ?” Cette réunion hebdomadaire de 45 minutes que personne ne trouve utile mais que personne n’ose supprimer. Ce reporting que vous remplissez chaque vendredi et que personne ne lit. Ces allers-retours par email qui pourraient se résoudre en un coup de fil de 3 minutes.

Clarifier son rôle, accepter que tout ne relève pas de sa responsabilité directe, et assumer pleinement sa fonction première : arbitrer, trancher, donner une direction. Créer du temps pour réfléchir n’est pas un luxe. C’est un acte de leadership.

Un de mes clients, dirigeant d’une agence de communication, avait 14 réunions récurrentes par semaine. Quatorze. Quand on a fait l’audit ensemble, il s’est rendu compte qu’il apportait une vraie valeur ajoutée dans 5 d’entre elles. Pour les 9 autres, sa présence était soit symbolique, soit redondante avec un autre membre de son équipe. En les supprimant ou en les déléguant, il a libéré presque 8 heures par semaine. Huit heures qu’il consacre désormais à la réflexion stratégique et au développement commercial.

La simplification, c’est aussi accepter l’imperfection. Accepter qu’un email de 3 lignes vaut mieux qu’un email de 20 lignes que vous mettrez 30 minutes à rédiger. Accepter qu’une décision à 80% correcte prise aujourd’hui vaut mieux qu’une décision à 100% correcte prise dans trois semaines. Accepter que dire non à une sollicitation, même si ça crée un inconfort passager, vous permet de dire oui à ce qui compte vraiment.

Si vous avez tendance à procrastiner sur vos tâches stratégiques parce que l’opérationnel vous envahit, la simplification est votre premier chantier. Pas l’optimisation.

5 actions concrètes pour gagner du temps dès cette semaine

La théorie, c’est bien. Mais je sais que si vous êtes entrepreneur, ce que vous voulez, c’est du concret. Voici 5 actions que vous pouvez mettre en place immédiatement, sans outil particulier, sans réorganisation complexe. Juste de la décision et de la discipline.

1. Bloquer 2h de “temps stratégique” sans interruption chaque semaine

Ouvrez votre agenda maintenant et bloquez un créneau de 2 heures cette semaine. Inscrivez-le comme un rendez-vous client que vous ne pouvez pas déplacer. Pendant ces 2 heures : pas d’email, pas de téléphone, pas de “tu as deux minutes ?”. C’est votre temps pour réfléchir aux sujets de fond. Stratégie, vision, développement.

Beaucoup de mes clients me disent que c’est l’action qui a le plus changé leur quotidien. Non pas parce que 2 heures suffisent pour tout résoudre, mais parce que ça crée un espace protégé où le cerveau peut enfin fonctionner en mode “profond” plutôt qu’en mode “réactif.”

2. Identifier 3 tâches à déléguer ce mois-ci

Reprenez l’exercice de la liste des 5 tâches que j’ai décrit plus haut, et choisissez-en 3 que vous allez effectivement déléguer ce mois-ci. Pas le mois prochain. Ce mois-ci. Commencez par le niveau “consulter” ou “impliquer” si vous n’êtes pas à l’aise. L’important, c’est de commencer. Une tâche déléguée imparfaitement vaut mieux qu’une tâche que vous continuez à faire par habitude.

3. Dire non à une réunion cette semaine

Regardez votre agenda de la semaine. Identifiez une réunion où votre présence n’est pas indispensable. Et déclinez-la. Poliment, en expliquant que vous faites confiance à la personne en charge, et que vous lirez le compte-rendu. Si personne ne remarque votre absence, c’est la preuve que cette réunion n’avait pas besoin de vous. Si quelqu’un la remarque et que tout s’est bien passé quand même, c’est encore mieux.

4. Désactiver les notifications pendant vos créneaux de travail profond

Les notifications sont l’ennemi numéro un de la concentration. Chaque notification crée une micro-interruption, et il faut en moyenne 23 minutes pour retrouver son niveau de concentration après une interruption. Si vous recevez ne serait-ce que 4 notifications par heure, vous ne vous concentrez tout simplement jamais vraiment.

Pendant vos créneaux de travail profond (et idéalement pendant votre bloc stratégique de 2 heures), mettez votre téléphone en mode avion. Fermez votre messagerie. Fermez Slack, Teams, ou quel que soit l’outil que vous utilisez. Le monde ne va pas s’écrouler en 2 heures. Promis.

5. Faire un audit de votre semaine

Pendant 5 jours, notez où va chaque heure de votre journée. Pas besoin d’un outil sophistiqué, un simple carnet ou un tableau suffit. Notez ce que vous faites, heure par heure. À la fin de la semaine, classez chaque activité en trois catégories :

  • Vert : activité à haute valeur ajoutée, que moi seul peux faire
  • Orange : activité utile, mais que quelqu’un d’autre pourrait faire
  • Rouge : activité qui ne devrait pas exister ou qui est une perte de temps

Si votre semaine contient plus de orange et de rouge que de vert, vous savez où agir. Cet audit est souvent un électrochoc pour les dirigeants que j’accompagne. On croit savoir comment on passe son temps, mais quand on le mesure vraiment, les surprises sont fréquentes.


Gagner du temps quand on est entrepreneur, ce n’est pas une question de technique ou d’outil. C’est une question de posture. Accepter que votre rôle n’est pas de tout faire, mais de faire en sorte que tout se fasse. Passer du “faire” au “faire faire”, du réactif au stratégique, de l’urgence permanente à la clarté d’action.

Ce changement ne se fait pas en un jour. Mais il peut commencer cette semaine, avec une seule de ces 5 actions. Choisissez celle qui vous parle le plus, et lancez-vous.

Articles connexes

Envie d'aller plus loin ?

Réservez un échange gratuit de 30 minutes pour discuter de votre situation.

Prendre rendez-vous